En juillet 2025, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a publié un rapport de mission sur l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur. Fondé sur une enquête auprès de plus de 30 000 personnes, il pointe des enjeux qui concernent directement les organismes de formation professionnelle comme le nôtre.
Le rapport « IA et Enseignement Supérieur : Formation, Structuration et Appropriation par la Société » a été remis en juillet 2025 par Frédéric Pascal et François Taddei, à la demande du ministre Patrick Hetzel puis confirmé par Philippe Baptiste. C’est l’une des analyses les plus complètes réalisées à ce jour sur l’impact de l’intelligence artificielle générative sur la pédagogie et les pratiques de formation en France.
Si le périmètre de la mission portait sur les universités et grandes écoles, les constats et recommandations formulés parlent directement à tout formateur, quelle que soit la taille de son organisme. Car la révolution pédagogique en cours ne s’arrête pas aux portes de l’enseignement supérieur.
Les chiffres qui interpellent
L’enquête menée dans le cadre de cette mission dresse un état des lieux saisissant des usages réels de l’IA en France :
74 % des 18-24 ans utilisent l’IA (source : enquête IPSOS-CESI).
68 % des étudiants y ont recours chaque semaine.
50 % des enseignants utilisent l’IA de manière hebdomadaire.
< 10 % des acteurs ont reçu une formation dispensée par leur institution.
+ 55 % des étudiants et personnels n’ont jamais bénéficié d’aucune formation à l’IA.
Le constat est sans appel : l’IA est déjà massivement utilisée, mais sans formation, sans cadre, et largement par auto-apprentissage. Ce fossé entre usage et formation est l’un des risques majeurs identifiés par le rapport.
Ce que cela change pour la pédagogie
Le rapport est particulièrement intéressant sur les enjeux pédagogiques. Il n’est pas naïf : il reconnaît que les effets de l’IA sur les apprentissages restent à démontrer et qu’un usage sans encadrement peut être néfaste. Une étude citée dans le rapport, publiée dans la revue Nature (Wang & Fan, 2025), conclut à un impact globalement positif de l’IA sur les apprentissages. À l’inverse, une recherche de Microsoft Research (CHI 2025) alerte sur le risque de réduction de la pensée critique lorsque l’IA est utilisée sans discernement.
« L’usage de l’IA ne remplace pas la réflexion sur les objectifs et la structuration des cours. »
– Rapport IA et Enseignement Supérieur, 2025
Le rapport appelle à repenser en profondeur les modalités d’évaluation et à sortir d’une transmission descendante du savoir pour aller vers des enseignements qui favorisent l’engagement des apprenants. En clair : moins de cours magistraux, plus d’activités où l’apprenant pense, résout, crée, avec ou sans l’aide de l’IA.
L’expérience « Tutor Copilot » de l’université de Stanford, également citée, est éclairante : en dotant des tuteurs d’un outil d’IA qui leur suggère des réponses pédagogiques en temps réel, l’étude a montré que tous les profils de tuteurs progressent, et que l’IA permettait surtout d’uniformiser la qualité de l’accompagnement, indépendamment de l’expérience du formateur.